Résumé de l'œuvre "Essai sur la problématique philosophique dans l'Afrique actuelle" de Marcien Towa

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I- Existe-t-il une philosophie africaine ?
 Avec la science et la technologie, nous accédons à la spécificité européenne, au secret de sa puissance. Malgré le fait que la philosophie se soit plusieurs fois dressée contre la technologie et la science, elle demeure le moteur de ces disciplines, leur âme. En science comme en philosophie, c’est la raison qui est à l’œuvre. C’est cette raison que les idéologues de l’impérialisme refusent de partager avec d’autres peuples. Lévy Brühl soutient que les sociétés inférieures (africaines et australiennes) sont dotées de mentalités prélogique et mystique, différente de la logique propre à l’homme civilisé d’Europe. La Chine et l’Inde ont atteint un niveau plus élevé. Mais pour Lévy Brühl, la science chinoise n’est qu’un effroyable fatras, et l’Inde n’a rien produit qui ressemble aux sciences de la nature européennes. Emile Brehier engage la rédaction de l’histoire générale de la philosophie. Il sollicite Masson-Oursel. Mais ce dernier voit à l’Egypte pharaonique la terre natale de la philosophie et parle du pseudo miracle grec. Emile Brehier ne parvient pas à le contredire en voulant rattacher à l’Europe la terre natale de la philosophie. Une décennie après Masson-Oursel, le père Tempels publie La philosophie bantoue où il soutient l’existence d’une philosophie bantoue. Les réactions positives et négatives qui suivaient les publications de Placide Tempels, de Masson-Oursel et d’Emile Bréhier témoignaient un malaise dans la philosophie. Gusdorf fait des mises au point et rappelle que la philosophie n’apparait qu’au sommet d’un processus évolutif marqué de coupures qualitatives :
a-    Le premier âge de l’existence, celui de l’instinct, appartient au monde animal, régi par des pulsions biologiques, armé d’automatismes organiques rigides. Une première coupure intervient lorsque les impulsions cessent d’être en prise directe avec le monde, lorsque la réaction est différée et que la distance ainsi aménagée entre l’être de besoin et l’objet du besoin devient le lieu d’élaboration d’une riposte pensée. C'est alors qu'émerge l'instrument qui vient s'interposer entre les organes et le monde, ainsi que le langage par la vertu duquel les choses sont réduites à une existence figurative, et deviennent par-là toujours disponibles et plus maniables. Le monde que ces possibilités font surgir est celui du mythe.
b-   Le deuxième âge est celui du mythe. Avec le mythe, l'homme crée la première culture, humanise le monde. Mais l’univers mythique devient une suite de répétitions et de rituels et s’oppose à la critique qui est le fondement de la philosophie.
c-    Le troisième âge est celui de la philosophie. Le passage du mythe à la philosophie se fait avec les Etats centralisés. Le passage d’une étape à l’autre marque une révolution.
Cette logique retire à la Grèce la paternité de la philosophie et la cède à l’Egypte pharaonique. La philosophie nait où la pensée devient l’absolu, le fondement, la racine de tout. L’homme devient homme quand il réalise qu’il est raison et liberté, quand il a conscience de ce qu’il est en soi. Liberté et raison ne servent à rien à un homme non cultivé et à un enfant. La philosophie ne se rencontre que là où il y a liberté politique. Pour Hegel, la Grèce était le pays du début de la liberté politique et aussi celui du début de la philosophie. Le problème de l’appartenance de la philosophie cache celui de la hiérarchisation des civilisations et des sociétés. Cette hiérarchisation justifie moralement la répression militaire des civilisations fortes sur les civilisations faibles.

II- La philosophie Africaine dans le sillage de la négritude
L’occident nous a dominé. Ses idées dominantes sur nous sont aussi celles de sa domination sur nous. La première expérience du colonisé après l’effondrement de son univers fut l’éblouissement par le monde occidental aperçu dans l’éclat aveuglant de sa victoire. La volonté du colonisé était de s’échapper de son univers dévalué et vaincu pour se jeter dans celui de son oppresseur : c’est l’assimilation. Mais l’occupant l’excluait de son univers. Il ne lui restait plus qu’à fonder ou à refonder son monde sur ses propres valeurs : Ce fut le temps de la négritude.  Elle insiste sur l’originalité et la revalorisation des cultures africaines. C’est dans cette logique que s’engage la recherche d’une philosophie typiquement africaine, différente de la philosophie européenne. Parmi les têtes de proue, nous avons :
-  Alassane N’daw qui précise : «  une première déclaration d’indépendance se fait jour par l’intention de fonder une philosophie de l’homme africain qui montre que cet homme ne peut être conçu comme accident d’une substance qui serait l’européen. » Il poursuit : «  La revendication d’une dignité anthropologique constitue l’un des pôles de cette pensée militante qui a pris conscience qu’elle n’aura de chance de dévoiler l’essence de l’homme noir qu’autant qu’elle pourra le considérer comme producteur d’œuvres culturelles, de philosophie et d’esthétiques ». La méthode de nos auteurs consiste à partir d’une révision de la notion même de philosophie, révision qui revient à son élargissement de manière à pouvoir y comprendre les modes de pensée propres à l’africain. Cette philosophie consiste à se livrer à une interprétation de toutes les œuvres culturelles africaines, d’en dégager les caractéristiques générales qui seraient présentées comme la philosophie africaine.
-  Pour Basile Fouda, philosopher c’est interroger le monde pour le comprendre et l’expliquer, l’organiser et le totaliser. La philosophie selon cette logique demeure indiscernable de n’importe quelle forme culturelle : mythe, religion, poésie, art, science. Pour Basile Fouda, il faut cerner le lien qui assure la cohésion de tous ces éléments (religion, art, poésie, mythes, proverbes…), leur structure d’ensemble. Ce lien, c’est la philosophie négro-africaine dans sa spécificité. Donner à la philosophie et à la culture la même extension revient à soulever le problème de l’universalité de la philosophie, puisque l’anthropologie et l’ethnologie culturelles ont montré que toutes les sociétés ont une culture.
Pour les ethnophilosophes, la philosophie européenne suit l’esprit prométhéen, la volonté de dominer le monde. Alasane N’daw écrit : « cette mentalité prométhéenne l’entraine dans une course illimitée vers un savoir et un pouvoir qui le plongent dans une insatisfaction permanente face à des résultats acquis. » Pour lui, l’Africain au contraire vit en communion avec la nature dans un sentiment d’équilibre et d’harmonie entretenus grâce à un ensemble de techniques et de rites compensateurs. Basile Fouda appui : «  Le nègre n’a nulle vocation à dominer le monde. », « il ignore la dictature de l’argent », «  L’unique souci de la philosophie fut, est et sera forcément une herméneutique du sens de l’homme et de l’univers par référence à Dieu, père de l’existence. » Pour N’daw, la pensée africaine est « une passion militante ouverte certes, disponible sans doute, mais apte à se défendre contre tout ce qui peut porter atteinte à son intégrité ». Basile Fouda poursuit : «  La philosophie nègre doit se transmettre à travers les âges comme un héritage à recevoir, à défendre et à incarner pour atteindre l’existence authentique ».
Déterrer une philosophie africaine certifie que nos ancêtres ont philosophé, mais sans philosopher à notre tour. La philosophie ne commence qu’avec la décision de soumettre l’héritage philosophique et culturelle à une critique sans complaisance. Pour le philosophe, aucune donnée, aucune idée, aussi vénérable soit-elle n’est acceptable avant d’être passé au crible de la pensée critique.  L’ethnophilosophie trahit en même temps l’ethnologie et la philosophie. L’ethnologie décrit, expose, explique. La philosophie argumente, démontre ou réfute. Ce qu’un philosophe propose est le résultat d’un débat contradictoire. Il fait appel à la raison, à la pensée critique et non à la peur et à la confiance. L’ethnophilosophie, elle, glisse dans les exposés théoriquement descriptifs et objectifs des opinions métaphysiques non critiquées et les soustrait par-là à la critique philosophique. C’est une théologie qui ne veut pas dire son nom. Elle altère et défigure la réalité traditionnelle en y introduisant secrètement des valeurs et des idées actuelles pouvant être tout à fait étrangère à l’Afrique : Ceci est appelée la retrojection. L’ethnophilosophie est la voie de la facilité. En refusant l’enquête de l’ethnologie, elle ne peut pas enrichir notre connaissance par des documents neufs solidement établis. Ses idées qui ne respectent pas la critique philosophique sont figées et ne sont susceptibles d’aucun développement.

III- Pour une nouvelle orientation philosophique en Afrique

Pour ouvrir la voie à un développement philosophique en Afrique, il faut que, résolument, nous nous détournions de l’ethnophilosophie, de sa méthode et de sa problématique. Notre but doit être de parvenir à une saisie et à une expression philosophiques de notre être dans le monde actuel et à une détermination de la manière de la prendre en charge et de l’infléchir dans une direction définie par nous-mêmes. Une philosophie africaine (ethnophilosophie) arrachée à la nuit du passé ne peut résoudre notre problème philosophique actuel, à savoir l’effort d’élucidation de notre actuel rapport au monde. L’ethnophilosophie, s’inscrivant dans le sillage de la négritude, doit être dépassée comme la négritude elle-même. Les deux se situent dans la revendication d’une dignité anthropologique propre. Il s’agit de déterrer une philosophie africaine propre pour la brandir devant les négateurs de notre dignité anthropologique. Ce sont des mouvements coloniaux de revendication qui sont d’essences revendicatives. Leur lutte a pour but d’appuyer les revendications et se ramènent au droit à l’initiative historique, à l’indépendance. C’est pour cela que les luttes de libération nationale s’achèvent autour d’une table où le colon reconnait au colonisé le droit à l’indépendance.
L’enjeu ne peut plus être pour nous la reconnaissance d’un droit, mais l’exercice de ce droit. L’heure des chicanes sur les textes juridiques est close, ainsi que celle des revendications pour la reconnaissance de notre dignité anthropologique. Le droit d’être nous-mêmes étant acquis, il faut passer à autre chose. Le rappel de notre richesse, de notre grandeur, l’originalité de notre culture n’était que la promesse de ce dont nous serions capables si nous avions la responsabilité de nous-mêmes. Or le temps passe et nous ne parvenons pas à le faire. Ce sont nos insuffisances qui s’imposent à présent à notre grandeur, et non plus nos richesses et nos possibilités. Ce sont nos lacunes qui furent responsables de notre défaite. On ne peut espérer édifier toute une civilisation, faire surgir tout un monde en se payant des mots. Il faut payer de son être même. La volonté d’être nous-mêmes nous accule finalement à la nécessité de nous transformer en profondeur, de nier notre être intime pour devenir l’autre. Ce qui nous ramène au point de départ de notre affrontement avec l’occident. La défaite infligée aux peuples coloniaux par l’occident résidait dans une profonde différence de cultures.
S’emparer du secret de l’occident revient à connaitre à fond sa civilisation, identifier la raison de sa seule puissance et l’introduire dans notre propre culture. Pour cela notre culture doit être révolutionnée de fond en comble. Il faut rompre avec elle, avec notre monde passé qui n’a pu résister à l’Europe. Reconstituer le passé c’est courir le risque de maintenir cette faille et nous conduire à la perte. Nous qui avons longtemps travaillé pour les autres, devons nous mettre à notre propre service. Nous devons assumer notre passé, le valoriser et en être fiers. S’affirmer c’est entrer en conflit avec les forces qui nous écrasent. Nous ne pouvons pas sortir victorieux de ce combat si nous n’avons pas maitrisé le secret en vertu duquel nous sommes encore dominés malgré notre souveraineté formelle. Nous devons devenir comme l’autre, semblable à l’autre, et par là incolonisable par l’autre. Ce choix dramatique entre l’essence du soi et sa destruction au profit de l’autre s’est imposé à tous les peuples qui durent affronter la puissance de l’occident. En Chine, le mouvement du 4 mai est considéré comme le pionnier de la Chine moderne.  Il a remis en question des aspects fondamentaux de la philosophie du confucianisme, fait venir en Chine les grands philosophes européens pour tenir des conférences et faire des cours sur la philosophie européenne. Les peuples qui ont décidé de perdre leur essence afin d’assimiler le secret de l’occident impérialiste se retrouvent en demeurant eux-mêmes. Ceux qui au contraire ont voulu préservé leur originalité, leur être profond, sont en train de se perdre en les perdant.
C’est dans le radicalisme que l’homme affirme avec le plus d’éclat son humanité. La révolution est le feu ardent où sont consumés les éléments morts et caduques du passé, du patrimoine culturel pour ne laisser subsister que les forces vives, celles qui interviennent encore pour relever le défis du temps et assurer un rapport normal au monde. La révolution fait mieux que nous restituer notre passé, elle nous restitue notre humanité, fondement de notre passé. Elle n’abolit pas le passé, mais la dictature du passé. Par elle, le passé est mis à notre disponibilité au lieu que nous soyons à la disposition du passé. Le trait fondamental que nous avons avec nos ancêtres est qu’ils furent créateurs comme nous. En devenant comme les Européens, nous nous rapprochons le plus de nos ancêtres, en devenant ce qu’ils étaient aux plus hautes époques de leur histoire, créateurs et libres.
Toute révolution est auto-révolution. L’ardeur destructrice que le révolutionnaire dirige contre l’univers qui l’opprime, il dirige la même ardeur contre lui-même. L’aspect décisif de la praxis radicale qui assure la continuité historique c’est l’intervention des masses populaires. La radicalisation d’un mouvement révolutionnaire équivaut à l’extension et à l’approfondissement de son enracinement dans les masses populaires qui doivent jouer un rôle actif et non constituer une simple masse de manœuvres. Leur relation avec l’avant-garde révolutionnaire exige un authentique dialogue, un échange permanent d’expérience.
Aucun développement culturel d’envergure ne sera possible en Afrique avant qu’elle n’édifie une puissance matérielle capable de garantir sa souveraineté et son pouvoir de décision non seulement dans le domaine politique et économique, mais aussi dans le domaine culturel. Notre infériorité matérielle met notre culture à la merci des puissances de notre temps. C’est seulement en édifiant une puissance comparable aux grandes puissances de notre temps, et donc capable de résister à leur agression éventuelle et à leur impérialisme que nous aurons le pouvoir et les moyens de nous affirmer comme monde autocentré politiquement, économiquement et spirituellement. Au lieu de lutter pour notre originalité, nous devons chercher les voies et moyens de la puissance comme condition d’affirmation de notre humanité et de notre liberté.
Notre liberté, c’est-à-dire l’affirmation de notre humanité dans le monde actuel passe par l’identification et la maitrise du principe de la puissance européenne. Si nous ne devenons pas puissants comme l’Europe, jamais nous ne pourrions sérieusement secouer le joug de l’impérialisme européen. Nous adoptons une attitude d’ouverture à l’égard de la civilisation européenne pour nous libérer de la civilisation européenne. Dans notre quête du secret de la puissance européenne, c’est la philosophie européenne qu’il convient d’interroger pour trouver ce qui nous manque.

IV- Le concept européen de la philosophie et nous

La philosophie et la science s’opposent à toute autorité au-dessus d’elles. Elles ont le même critère de vérité, la même forme. Pour Hegel, tout ce qui doit avoir pour l’homme quelque valeur doit se trouver dans sa pensée. La philosophie entre en contradiction avec la religion dont la vérité vient de l’extérieur et s’impose à l’homme. Le contenu de la religion est donné et considéré comme au-dessus de la raison humaine. La religion estime que la raison humaine est limitée et incapable de découvrir par elle-même des vérités, qui doivent lui être révélées de façon mystérieuse ou surnaturelle.
Dire que la philosophie est la pensée libre, infinie, n’admettant comme point de départ et comme principe qu’elle-même, c’est la poser comme absolue et rivale de la religion qui occupait la même position. Pour éviter la collusion on a proposé que la philosophie ait sa vérité, et la religion la sienne. Mais la philosophie et la religion se sont opposées à cette double vérité. Hegel exclut aussi de la philosophie proprement dite ce qu’il appelle la philosophie populaire, celle qui s’appuie, non sur la pensée se critiquant elle-même, mais sur l’intuition et le sentiment intérieur. Les représentations immédiates, les sentiments intérieurs étant acceptés sans examen, dès leur révélation, constituent encore une sorte d’autorité : l’autorité intérieure de la conscience et du cœur. Tout se fonde sur l’instinct moral, le sentiment du droit ou du devoir. Le recours au sens commun, à la pureté de la conscience ou à l’innocence du cœur comme fondement ultime des vérités avancées par la philosophie populaire ruine en fait toute possibilité de dialogue et d’accord entre les hommes.
La philosophie prend pour objet le monde et les droits de la nature humaine. C’est pour cela qu’elle est appelée la sagesse du monde. Elle touche le monde sensible, le divin, l’autorité, l’Etat… Par la science et la philosophie selon Bacon et Descartes, l’homme doit non seulement mieux maitriser le monde, mais développer sa puissance sur lui pour l’aménager à son profit, et se libérer de la nécessité du besoin. Si la philosophie moderne européenne se préoccupe prioritairement de développer l’emprise de l’homme sur le milieu physique, alors elle pourrait bien constituer le domaine privilégié de la culture européenne qu’il importe d’explorer avec soin afin de percer le secret de la victoire de l’Europe sur nous et découvrir la voie de notre libération. Ce n’est pas en nous accrochant à notre essence et à notre passé que nous pourrons recouvrer l’autonomie culturelle. L’ethnophilosophie, la négritude senghorienne dissimulent et couvrent la dégradation et la démolition de nos cultures par le néocolonialisme. Nous entendons montrer l’urgence et la nécessité de révolutionner nos cultures de fond en comble pour éviter leur disparition pure et simple et rendre possible leur renaissance et leur rajeunissement parce que la philosophie européenne, en raison  de sa parenté étroite avec la science et la technologie semblent être à l’origine de la puissance européenne. Elle nous aidera à opérer la révolution des mentalités qui conditionne l’édification de notre propre puissance. La liberté qui caractérise la philosophie européenne rejoint notre projet : une Afrique libre dans un monde libéré. Il ne s’agit pas d’une soumission à l’Europe. La philosophie européenne prend place dans un projet qui est le nôtre, et elle devient aussi nôtre, parce qu’elle est à notre disposition. Nous la soumettons à la dialectique de nos besoins.
 Une fois le projet explicitement formulé, rien n’empêche, pour sa concrétisation, de tourner le regard vers le passé pour apprécier par nous-même, à la lumière de notre nouvelle perspective, notre contribution et celle de l’Europe au développement de la pensée en général. A l’égard des lacunes et des faiblesses de nos cultures, la rigueur et la sévérité doivent remplacer la complaisance, parce que cette dernière attitude engendre l’autosatisfaction factice et la stagnation dans notre présente condition de dépendance et d’humiliation.
C’est au philosophe africain de retracer l’histoire de notre pensée. C’est à lui par exemple de confirmer si le Zénon, fondateur du stoïcisme, était d’origine africaine et si sa pensée doit quelque chose à l’Afrique. Le philosophe africain doit chercher les œuvres philosophiques africaines de la période des grandes universités en Afrique de l’Ouest. Les Africains doivent chercher les œuvres d’Anthony William Amo, qui a enseigné dans les universités allemandes et les apprécier, celle de Blyden, la littérature orale.

 Avez-vous bien lu le résumé ? Répondez aux questions suivantes 

1- Quelle est la relation entre la philosophie et la science selon le texte ?
a) La philosophie et la science sont deux disciplines opposées.
b) La philosophie est indépendante de la science.
c) La philosophie est le moteur de la science.
d) La science domine la philosophie.

2- Quelle est la position de Lévy Brühl concernant les sociétés africaines et australiennes ?
a) Elles possèdent une logique comparable à celle des Européens.
b) Elles sont dotées de mentalités prélogiques et mystiques.
c) Elles sont plus avancées que les sociétés européennes.
d) Elles n'ont pas de logique propre.

3- Que pense Lévy Brühl de la science chinoise et indienne ?
a) Il admire la science chinoise, mais méprise celle de l’Inde.
b) Il considère la science chinoise comme un chaos et nie l'importance des sciences indiennes.
c) Il considère la science chinoise comme supérieure à celle de l’Europe.
d) Il pense que la science indienne est supérieure à la science européenne.

4- Selon Masson-Oursel, quelle est l'origine de la philosophie ?
a) La Grèce antique.
b) L’Europe médiévale.
c) L’Égypte pharaonique.
d) La Chine ancienne.

5- Quelle est la thèse défendue par Placide Tempels dans "La philosophie bantoue" ?
a) Il soutient l’idée d'une philosophie européenne universelle.
b) Il nie l'existence de toute philosophie en Afrique.
c) Il défend l’existence d’une philosophie bantoue.
d) Il critique l'idée d'une philosophie bantoue.

6- Comment Gusdorf décrit-il les différentes étapes de l’évolution de la pensée humaine ?
a) Le premier âge est celui de la philosophie, suivi par le mythe et l’instinct.
b) Le premier âge est celui de l'instinct, suivi par le mythe et la philosophie.
c) Le deuxième âge est celui de la philosophie, suivi par le mythe.
d) Le troisième âge est celui du mythe, précédé par l'instinct.

7- À quel moment, selon Gusdorf, l'homme devient-il capable de philosopher ?
a) Lorsqu'il découvre les sciences naturelles.
b) Lorsqu'il acquiert une liberté politique.
c) Lorsque la religion est dominante.
d) Lorsque les sociétés deviennent égalitaires.

8- Pourquoi Hegel considère-t-il la Grèce comme le pays du début de la philosophie ?
a) Parce qu’elle a inventé la science.
b) Parce qu’elle est le premier pays à avoir connu la liberté politique.
c) Parce qu’elle a dominé militairement les autres civilisations.
d) Parce qu’elle a conquis l’Égypte.

9- Quel est le problème central caché derrière la question de l'appartenance de la philosophie, selon le texte ?
a) La division entre science et philosophie.
b) La hiérarchisation des civilisations et des sociétés.
c) L’opposition entre la raison et la foi.
d) Le développement technologique européen.

10- Pourquoi la liberté politique est-elle essentielle pour la philosophie selon le texte ?
a) Parce qu’elle permet de contrôler les sociétés.
b) Parce qu’elle favorise le développement économique.
c) Parce qu’elle est nécessaire pour l’émergence de la pensée critique et de la raison.
d) Parce qu’elle est le fondement de la science.

11- Quelle a été la première réaction du colonisé après l'effondrement de son univers ?
a) La résistance contre l'occupant.
b) La valorisation de son propre univers culturel.
c) L'assimilation à l'univers occidental.
d) Le rejet de l'Occident.

12- Quel est l'objectif principal de la négritude selon le texte ?
a) L'assimilation des cultures occidentales.
b) La domination culturelle mondiale.
c) La revalorisation et l'affirmation des cultures africaines.
d) La critique des valeurs traditionnelles africaines.

13- Quelle est la position d'Alassane N’daw sur la philosophie africaine ?
a) Il rejette l'idée d'une philosophie proprement africaine.
b) Il veut montrer que l'homme africain est un accident de l'européen.
c) Il revendique une dignité anthropologique pour l'homme africain en tant que producteur de culture.
d) Il critique la culture africaine pour son manque de développement philosophique.

14- Comment la méthode des auteurs de la philosophie africaine est-elle décrite par le texte ?
a) Ils se basent sur une révision de la notion de philosophie pour inclure les modes de pensée africains.
b) Ils adoptent exclusivement les modes de pensée occidentaux.
c) Ils rejettent toute forme de philosophie venant de l’extérieur de l’Afrique.
d) Ils fusionnent la philosophie africaine avec la religion chrétienne.

15- Selon Basile Fouda, quelle est la relation entre la philosophie et la culture ?
a) La philosophie est distincte des autres formes culturelles.
b) La philosophie est indissociable de toutes les formes culturelles comme le mythe, l'art et la poésie.
c) La culture n’a aucun lien avec la philosophie.
d) La philosophie africaine rejette toute forme culturelle.

16- Quelle critique Alassane N’daw formule-t-il à propos de la philosophie européenne ?
a) Elle est trop axée sur la nature.
b) Elle est centrée sur une quête de domination et d’insatisfaction permanente.
c) Elle est supérieure à la philosophie africaine.
d) Elle est trop liée aux traditions religieuses.

17- Comment N’daw décrit-il la philosophie africaine par rapport à la nature ?
a) Elle prône la domination de la nature.
b) Elle considère la nature comme un obstacle à la philosophie.
c) Elle vit en harmonie avec la nature grâce à des rites compensateurs.
d) Elle ignore complètement la nature dans sa réflexion.

18- Quelle est la principale critique faite à l'ethnophilosophie dans le texte ?
a) Elle n'accorde pas assez d’importance à la philosophie européenne.
b) Elle mélange la religion avec la science.
c) Elle ne soumet pas ses idées à la critique philosophique et reste figée dans des opinions non critiquées.
d) Elle propose une analyse critique de la tradition africaine.

19- Pourquoi l'ethnophilosophie est-elle comparée à une théologie selon le texte ?
a) Parce qu'elle est basée sur la foi et la confiance plutôt que sur la raison critique.
b) Parce qu'elle rejette totalement les valeurs religieuses.
c) Parce qu'elle met en avant les religions africaines.
d) Parce qu'elle adopte les méthodes scientifiques de l'ethnologie.

20- Qu'est-ce que la "retrojection" selon le texte ?
a) L'introduction de valeurs étrangères dans la philosophie africaine pour l'enrichir.
b) L'intégration de valeurs et d'idées actuelles dans les descriptions des traditions africaines, déformant ainsi la réalité.
c) Le retour à une vision purement traditionnelle de la philosophie africaine.
d) Le rejet des influences étrangères dans la pensée philosophique africaine.

21- Selon le texte, quel est le principal objectif pour le développement philosophique en Afrique ?
a) Valoriser l'ethnophilosophie.
b) Se détourner de l'ethnophilosophie pour se concentrer sur le monde actuel.
c) Conserver la négritude comme fondement philosophique.
d) Adopter la philosophie occidentale sans critique.

22- Quelle est la critique principale adressée à l'ethnophilosophie dans ce texte ?
a) Elle n'est pas assez revendicative.
b) Elle ne permet pas de résoudre les problèmes philosophiques actuels.
c) Elle valorise trop les cultures africaines.
d) Elle soutient la colonisation européenne.

23- Quelle est la nouvelle étape proposée après la reconnaissance du droit à l'indépendance ?
a) Continuer à revendiquer ce droit.
b) Revenir à l'ethnophilosophie.
c) Passer à l'exercice de ce droit et affronter nos propres insuffisances.
d) Réaffirmer la grandeur de la culture africaine.

24- Selon le texte, quelle était la cause principale de la défaite des peuples coloniaux face à l'Occident ?
a) Une faiblesse militaire.
b) Un manque de ressources naturelles.
c) Une profonde différence culturelle.
d) Une mauvaise gestion politique.

25- Quelle solution est proposée pour surmonter la domination occidentale ?
a) Reconstituer les traditions africaines passées.
b) Assimiler les secrets de la civilisation occidentale et les intégrer dans la culture africaine.
c) Rejeter toute influence étrangère.
d) Imiter la Chine en préservant les traditions confucéennes.

26- Qu'est-ce que l'auteur propose de faire avec le passé africain ?
a) Le rejeter complètement.
b) Le restaurer tel qu'il était.
c) L'assumer, le valoriser, mais rompre avec ce qui n'a pas résisté à l'Europe.
d) Ignorer les leçons du passé.

27- Comment l'auteur définit-il le radicalisme dans le processus révolutionnaire ?
a) Comme un rejet total des idées occidentales.
b) Comme une destruction des traditions sans compromis.
c) Comme un moyen d'affirmer l'humanité en rejetant les éléments obsolètes du passé.
d) Comme un retour à l'ethnophilosophie.

28- Quel est le rôle des masses populaires dans le processus révolutionnaire, selon le texte ?
a) Elles doivent être passives et suivre l'avant-garde révolutionnaire.
b) Elles doivent jouer un rôle actif et participer au dialogue avec les leaders révolutionnaires.
c) Elles doivent se concentrer sur la culture et non sur la politique.
d) Elles doivent rester en dehors des questions philosophiques.

29- Qu'est-ce que l'Afrique doit faire avant d'envisager un développement culturel d'envergure ?
a) Se concentrer exclusivement sur la philosophie.
b) Édifier une puissance matérielle capable de garantir sa souveraineté.
c) Reconquérir ses traditions ancestrales.
d) Rejeter la civilisation européenne et ses influences.

30- Comment l'auteur propose-t-il de secouer le joug de l'impérialisme européen ?
a) En luttant pour préserver l'originalité africaine.
b) En adoptant une attitude d'ouverture à l'égard de la civilisation européenne pour en comprendre les principes de puissance.
c) En s'isolant du reste du monde.
d) En privilégiant la négritude et l'ethnophilosophie.

31- Selon le texte, quelle est la principale différence entre la philosophie et la religion ?
a) La philosophie vient de l'extérieur, tandis que la religion est interne.
b) La philosophie repose sur la pensée critique, tandis que la religion repose sur une vérité imposée de l’extérieur.
c) La philosophie se fonde sur la foi, tandis que la religion se base sur la raison humaine.
d) La religion est absolue, tandis que la philosophie est relative.

32- Pourquoi Hegel exclut-il la "philosophie populaire" de la philosophie proprement dite ?
a) Parce qu'elle se base sur des intuitions et des sentiments intérieurs non critiqués.
b) Parce qu'elle accepte les vérités religieuses sans questionnement.
c) Parce qu'elle est trop proche de la science.
d) Parce qu'elle est trop complexe pour la plupart des gens.

33- Quelle est la principale fonction de la science et de la philosophie selon Bacon et Descartes ?
a) Libérer l’homme du besoin et développer sa maîtrise sur le monde.
b) Découvrir la vérité religieuse.
c) Maintenir l’ordre social et politique.
d) Préserver les traditions anciennes.

34- Pourquoi est-il nécessaire, selon le texte, de révolutionner les cultures africaines ?
a) Pour préserver l’ethnophilosophie et la négritude.
b) Pour éviter leur disparition et permettre leur renaissance face au néocolonialisme.
c) Pour les rendre plus compatibles avec la religion.
d) Pour rester fidèles à la tradition.

35- Quel est le rôle de la philosophie européenne dans le projet de libération africaine, selon le texte ?
a) Elle doit être rejetée pour ne pas influencer la culture africaine.
b) Elle doit être utilisée comme un outil pour comprendre et opérer une révolution des mentalités.
c) Elle doit remplacer la philosophie africaine traditionnelle.
d) Elle doit être préservée comme une relique du passé.

36- Selon le texte, quelle attitude doit remplacer la complaisance à l’égard des lacunes et des faiblesses des cultures africaines ?
a) La tolérance et l'acceptation.
b) La rigueur et la sévérité.
c) La valorisation des traditions anciennes.
d) Le retour à l'ethnophilosophie.

37- Quel est le rôle du philosophe africain dans la revalorisation de la pensée africaine, selon le texte ?
a) Il doit redécouvrir les liens entre la philosophie africaine et la religion.
b) Il doit confirmer les contributions africaines à la philosophie et retracer l'histoire de la pensée africaine.
c) Il doit enseigner uniquement la philosophie européenne pour moderniser l'Afrique.
d) Il doit promouvoir la philosophie populaire comme source de vérité.

38- Quelles œuvres philosophiques africaines le texte suggère-t-il de redécouvrir ?
a) Celles de Descartes et Hegel.
b) Celles d’Anthony William Amo et de Blyden, ainsi que la littérature orale.
c) Celles des fondateurs de l’ethnophilosophie.
d) Celles des philosophes contemporains africains.

Réponse aux questions
 1- C
2- B
3- B
4- C
5- C
6- B
7- B
8- B
9- B
10- C
11- C
12- C
13- C
14- A
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