L’équilibre régional : un cancer à éradiquer au plus vite
Le concept même d’équilibre régional a tout pour contenter un naïf. Il s’agit d’une pratique qui viserait à offrir aux ressortissants de chacune des 10 régions du pays un certain nombre de places à l’admission pour un concours à l’entrée dans les grandes écoles. Mais il cache en réalité une gangrène aux conséquences incommensurables pour un pays qui ambitionne être une nation. En effet, tout part de la fameuse théorie de Willy Lynch, un esclavagiste nord-américain qui avait bien compris la nécessité d’extraire de l’huile du serpent pour le frire. A cet effet, il utilisa les différences naturelles entre les esclaves pour les opposer entre eux et croisait les bras pour voir les esclaves se gérer sans l’intervention du Maître. Celui-ci était alors censé n’intervenir qu’en dernier ressort comme le bienfaiteur pour trancher les différends. Ainsi, il partait des différences physiques telles que la forme du nez, le teint, la taille ou le sexe ; il opposait les esclaves au nez fin à ceux ayant un gros nez, les clairs de teint à ceux qui étaient foncés, les grands aux courts et les femmes contre les hommes ; et la différence d’âge en opposant les jeunes aux vieux. Tout cela se passait au 16ème siècle et Monsieur Lynch promettait des siècles de réussite pour ceux qui mettraient en pratique cette théorie qui lui avait si bien réussie. Voilà que 5 siècles plus tard, les africains restés sur le continent berceau de l’humanité sont victimes des différences naturelles, au lieu d’en profiter. Comme Willy Lynch, le colonisateur à l’origine de ces pratiques rigole et intervient en bienfaiteur après les dégâts. Comment comprendre que l’Afrique, divisée au crayon et à la règle en 1884 à Berlin, puisse voir ses fils se déchirer au nom des différences ? Comment comprendre que le Cameroun, dont les régions actuelles sont en grande partie un héritage colonial puisse fonder ses critères de sélection sur l’appartenance à ces entités ?
L’équilibre régional est en fait une grosse escroquerie dont les avantages profitent à l’impérialisme. En effet, il n’existe aucun texte définissant les critères d’appartenance à une région. Pendant qu’en France, la loi interdit clairement de fonder la sélection sur des bases régionales, chez nous, elle a institué cela comme règle de jeu. Il y a escroquerie dans ce sens que, rien ne précise si la région d’origine de Bouba est la région où il est né ou celle où sont nés ses parents ou grands-parents. Mais, malgré ce flou évident, les pratiques et déclarations quotidiennes conduisent chacun curieusement vers une région d’origine qu’il est seul à définir. Ceci d’autant plus qu’aucune preuve matérielle ne sou tend ce choix dans 90% des cas.
Le schéma est tellement colonial que le Cameroun de 2015 est géré comme celui de 1920 où le mouvement des populations était quasiment nul. Ainsi, le nom Bouba renvoyait naturellement au Nord Cameroun et il était facile de lui coller une étiquette tribale. Mais, on a fait semblant d’oublier qu’en 2015, il y a des Bouba à Bertoua, Sangmélima, Ekondo Titi, Bafoussam, Douala, Yaoundé ayant séjournés pendant plus de 50 ans, c’est-à-dire plus d’une génération. Les fils et petits fils de ce Bouba, qui n’ont jamais traversé la Benoué, d’après nos théoriciens de l’équilibre régional, ont pour région d’origine le Nord ou l’Extrême-Nord.
Ces exercices de régionalisme sont bien entretenus pendant les recrutements militaires où on demande purement et simplement aux postulants d’aller chacun dans sa région d’origine. Il est fréquent de rencontrer des candidats qui n’ont plus la famille dans la région supposée d’origine et qui font des pieds et de la tête pour trouver un abri. Les fiches de renseignements pour les concours officiels portent clairement les mentions : « région d’origine du candidat» ou « région d’origine du père » ou encore « religion », les fiches de recensement des agents publics portent aussi des rubriques du genre «ethnie » ou « coutume ». Lors du dépôt des dossiers de candidature aux concours de la fonction publique de l’Etat, il n’est pas rare que l’on demande au candidat sa région d’origine pour savoir dans quel carton les déposer.
Voilà des éléments de discrimination dont on doit bien s’en passer au 20ème siècle. A quoi peut bien servir la religion d’un candidat dans son évaluation pour un pays laïc? A quoi sert l’ethnie d’un agent public ? Voilà autant de question qu’il serait intéressant de répondre sur les antennes de la télévision nationale. Le statut de la famille n’étant pas défini dans notre pays, que dire d’un enfant dont les parents ne sont pas de la même région ? Pourquoi la région d’origine devrait-elle déterminer la réussite du candidat Bouba qui est né à Yokadouma et qui a étudié dans les mêmes conditions que Nguele dont les parents sont originaires de l’Est ? Même en partant de la vraie-fausse idée selon laquelle certaines régions sont en ‘’retard’’, comment expliquer que Bouba se retrouve avec un sort different de celui de Nguele ?






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