Grève des enseignants entre détermination et peur chronique

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La première phase de la grève, qui consistait à cesser les cours du 17 au 21 février 2014 s’est effectivement déroulée dans quelques établissements de trois régions sur dix que compte notre pays. Et comme d’habitude, la peur a été une arme destructrice. « Le problème de l’enseignant, c’est l’enseignant », entend-t-on souvent dans la rue et chez certains enseignants.  Quel paradoxe! Comment expliquer qu’un mot d’ordre de grève soit lancé par «les syndicats d’enseignants» et que les enseignants dont le niveau de rémunérations, les conditions de vie et de travail laissent  à désirer soient aussi nombreux à en rester indifférents? Impréparation, mauvaise organisation, peur, désunion…la liste est longue.

Des enseignants déterminés

Parlons tout d’abord de ceux qui ont respecté le mot d’ordre de grève. Un Bravo et des encouragements à tous les enseignants des Lycées Bilingue d’application, de Biyem-Assi, Bilingue de Mendong à Yaoundé ; des Lycées Bilingue, Classique, Technique, Nzenmeh à Dschang ; des écoles primaires publiques de Dschang; des établissements scolaires du nord-ouest… qui ont cessé volontairement les cours pour exiger la signature des textes relatifs aux revendications de tous les enseignants en souffrance sur la table du Président de la République. Tous ces enseignants, sans distinction d’appartenance syndicale ont respecté le mot d’ordre de grève. Inertie, quand tu nous tiens,…on jette l’opprobre sur les autres. Quand verra-t-on finalement les fruits de la « réhabilitation de la fonction enseignante » et de « la poursuite du dialogue sur les revendications, y compris salariales » annoncées par le Chef de l’Etat le 10 février 2013 ?   Aujourd’hui, la déception des enseignants autant que leur détermination à respecter les consignes syndicales des deuxième, troisième et quatrième phases est totale. Pendant le même temps, certains se sont spécialisés dans la répression et le dilatoire. Quand les intérêts sont divergents, tout semble permis.

Le déshonneur et l’archaïsme 

En effet,  certains enseignants, chefs d’établissements et délégués ont cru pouvoir  « ramener les enseignants à la raison » comme si ceux-ci l’avait perdu. Ils ont pris un malin plaisir à tourmenter leurs frères et  sœurs enseignants. C’est les cas de certains chefs d’établissement et des délégués départementaux des enseignements secondaires (le 19 février 2014 au Lycée Bilingue de Dschang) et de l’éducation de base de la Menoua  (lors de sa tournée dans les écoles). Face à eux, des enseignants raisonnables et déterminés qui leur ont rappelé leurs incompétences face à leurs revendications actuelles et que seul le Chef de l’Etat en a la compétence. Ces chefs d’établissements scolaires, pourtant enseignants, se considérant comme des administrateurs civils d’une époque ancienne ont utilisé des méthodes héritées de la colonisation pour obtenir la reprise des enseignements: intimidations, violences verbales, corruption, réduction salariale des vacataires désobéissants, rumeurs… Ces pratiques anciennes et régulières sont à l’origine de la peur psychologique devenue chronique des enseignants. Ceux des enseignants qui se croient à part doivent se repentir mille fois et tenir eux aussi le flambeau de la lutte syndicale parce que les intérêts professionnels sont communs. Le narcissisme n’est pas une valeur. Il est contraire à l’esprit de corps.

Comme pour « maintenir l’ordre public »,  valider les pratiques des chefs d’établissements et les délégués sus-évoqués, les représentants du gouvernement dans la commission ad hoc et le gouverneur de la région du nord-ouest pour ne citer que ceux-là, ont respectivement exigé la levée du mot d’ordre de grève et la reprise des cours. Face à l’opiniâtreté des enseignants, ces fonctionnaires privilégiés n’ont pas hésité à brandir la menace de suspension des salaires. Ce qui a contribué à la démobilisation des enseignants.

La peur : une arme de démobilisation massive

Parlons enfin des enseignants peureux. «La peur est une arme redoutable» affirme Ivan Castanou dans une de ses communications portant sur le thème « vaincre la peur ». Selon lui, les deux grandes formes les plus redoutables de peur sont la peur du rejet et la peur de l’échec. Il faut ajouter à celles-ci la peur des sanctions disciplinaires et les calculs personnels qui poussent de nombreux enseignants à rester sourds à l’appel des syndicats et à abandonner la grève avant son terme. De quoi avons-nous peur lorsque la viande se trouve rarement dans nos plats, nos habillements quelconques font l’objet de raillerie à notre passage, le chef de bureau au ministère des marchés publics a 600.000 F cfa de prime trimestrielle lorsque nous réclamons 50.000 F cfa de prime de recherche et de documentation en vain, le magistrat 4e grade a 40.000 F cfa par mois comme forfait électricité et 40.000 F cfa pour le téléphone, nos anciens élèves nous proposent tous les jours de nous «déposer», le boutiquier du quartier connait le jour que nous avons perçu les salaires, le docteur de notre famille est le « docta du coin » ?

Vaincre la peur par le militantisme

Pour vaincre cette peur et changer, Il faut être syndiqué et optimiste. Bien plus, il faut militer en participant aux réunions et séminaires syndicaux, à la syndicalisation, en suivant les mots d’ordre de grève et surtout en payant sa cotisation annuelle de 6000 F cfa pour permettre au syndicat de mener à bien ses activités. Semer avant de récolter. L’inverse  est banditisme, hypocrisie, trahison et injustice. Toutefois, il y a des séances de rattrapages pour les retardataires dans la lutte syndicale en général et la grève en particulier. La rétention des notes des 4e, 5e et 6e séquences en cours et la deuxième cessation des cours du 28 Avril au 02 Mai 2014 sont de nouvelles occasions pour prouver que les enseignants sont une foule qui sait faire foule. L’adage selon lequel l’union fait la force n’a encore été démenti nulle part dans ce monde. Il y a deux façons d’entrer dans l’histoire: comme un héros et  comme un zéro. Les gros malins sont toujours habités  par l’esprit du malin. A bon… lecteur, salut !

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