Que vous suggèrent ces propos de Bentham : «pas d'intérêt, pas d'action»
Définition des mots clés
Intérêt : gain, avantage qu'on tire, bénéfice
Action : ce qu'on fait, l' acte qu'on pose
Reformulation :
On ne peut rendre service sans attendre quelque chose en retour, on ne fait rien pour rien
Problème :
Le fondement de la morale
Plan global :
Thèse : On ne peut rendre service sans attendre un intérêt
Antithèse : l' intérêt est insuffisant pour fonder la morale
Synthèse : fonder la morale sur le devoir
Problématique :
Si nous acceptons avec Bentham qu'on ne peut agir sans attendre d'intérêt, que dire de ceux qui pensent que l' intérêt est insuffisant pour fonder la morale ? Au final, ne devons-nous pas fonder la morale sur le devoir ?
Plan détaillé :
Thèse : On ne fait rien sans attendre quelque chose en retour
Argument 1 : L' homme est égoïste de nature et porté à défendre prioritairement ses intérêts
Citation. Beaumarchais «En occupant les gens de leur propre intérêt, on les empêche de nuire à l'intérêt d'autrui.»
Argument 2 : En défendant ses intérêts, on contribue au bonheur des autres
Bergson « Le pur intérêt individuel est devenu à peu prêt indéfinissable tant il y entre d'intérêt général.»
Antithèse : L' intérêt est insuffisant pour fonder la morale
Argument 1 : les intérêts des uns s'opposent à ceux des autres
Citation. La Rochefoucauld : «les vertus se perdent dans l' intérêt comme les fleuves dans la mer»
Argument 2 : La morale de l' intérêt est de la mauvaise foi
Citation. La Rochefoucauld : «l' intérêt parle toute sorte de langue et joue toute sorte de personnage, même celui de désintéressé.»
Synthèse : Fonder la morale sur le devoir
Argument : l' homme doit faire ce que lui dicte sa loi morale
Citation. «Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en règle universelle.»
Exemple de devoir rédigé
La Rochefoucauld déclare : « les vertus se perdent dans l' intérêt comme les fleuves dans la mer». Pour lui, rien de morale ne peut sortir de l' intérêt. Jérémy Bentham ne partage pas cette idée lorsqu'il déclare : « pas d'intérêt, pas d'action.» Il montre ici que l' intérêt est le mobile de toutes nos actions. Cette divergence de points de vues pose le problème du fondement de la morale. Si nous acceptons avec Bentham qu'on ne peut agir sans attendre d'intérêt, que dire de ceux qui pensent que l' intérêt est insuffisant pour fonder la morale ? Au final, ne devons-nous pas fonder la morale sur le devoir ?
On ne fait rien sans attendre quelque chose en retour, car l’homme semble naturellement porté vers la recherche de son propre intérêt. Il est égoïste de nature et cherche d’abord à satisfaire ses besoins et à défendre ses intérêts. Même lorsqu’il paraît généreux, il agit souvent pour en tirer un avantage matériel ou moral (reconnaissance, estime, satisfaction personnelle). Ce qui pousse Beaumarchais à écrire : « En occupant les gens de leur propre intérêt, on les empêche de nuire à l'intérêt d'autrui. » Il montre que l’intérêt est une force motrice fondamentale de l’action humaine. Si chacun poursuit son intérêt, il s’occupe de lui-même et évite de nuire aux autres. En plus, en défendant ses intérêts, on contribue au bonheur des autres. La recherche de l’intérêt personnel peut produire des effets bénéfiques pour la société. En travaillant pour soi, on participe au développement collectif. Henri Bergson écrit : « Le pur intérêt individuel est devenu à peu près indéfinissable tant il y entre d'intérêt général. » Ainsi, même lorsqu’un individu agit pour lui-même, son action s’inscrit dans un ensemble social. L’intérêt individuel se confond souvent avec l’intérêt général.
Nous venons de voir que l’intérêt semble expliquer la plupart de nos actions, mais peut-il réellement servir de fondement à la morale ?
L’intérêt est insuffisant pour fonder la morale car, les intérêts des uns s’opposent à ceux des autres. Les intérêts individuels ne coïncident pas toujours. Ce qui avantage l’un peut nuire à l’autre. Une société fondée uniquement sur l’intérêt risque donc d’être marquée par la rivalité et l’injustice. Tandis qu'un voleur est fier de son butin, sa victime souffre. François de La Rochefoucauld déclare d'ailleurs : « Les vertus se perdent dans l'intérêt comme les fleuves dans la mer. » Cela signifie que l’intérêt dissout la pureté morale des actions. En outre, la morale de l’intérêt est une forme de mauvaise foi. L’intérêt peut même se déguiser en vertu. On peut faire le bien uniquement pour paraître bon ou obtenir un avantage indirect.
La Rochefoucauld affirme encore : « L'intérêt parle toute sorte de langue et joue toute sorte de personnage, même celui de désintéressé. » Ainsi, une morale fondée sur l’intérêt manque de sincérité.
Dès lors, si l’intérêt conduit aux conflits et à l’hypocrisie, ne serait-il pas préférable de fonder la morale sur le devoir ?
Nous pouvons fonder la morale sur le devoir, car la véritable moralité ne consiste pas à agir par intérêt, mais par respect d’une loi morale universelle inscrite en chaque être humain. Emmanuel Kant affirme : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en règle universelle. » Selon lui, une action est morale lorsqu’elle est accomplie par devoir, et non par intérêt. Il ne s’agit pas de chercher un avantage personnel, mais de se demander si notre action pourrait devenir une règle valable pour tous. La morale repose donc sur l’obligation intérieure, et non sur le calcul.
En conclusion, notre sujet posait le problème du fondement de la morale. Pour mieux le circonscrire, nous avons montré en première partie que l' on ne fait rien pour rien. Il poursuit toujours un intérêt personnel, et cet intérêt personnel contribue souvent au bonheur des autres. Toutefois, nous avons vu en seconde partie que l’intérêt ne peut constituer le fondement de la morale, car il engendre conflits et hypocrisie. La confrontation entre ces points de vues nous a amené à envisager en troisième partie de fonder la morale sur le devoir, c’est-à-dire sur le respect d’une loi universelle dictée par la raison.





Commentaires (0)
Laisser un commentaire