Exercice commentaire composé Tle A4
«Munyal, mes filles ! Intégrez-le dans votre vie future. Inscrivez-le dans votre cœur, répétez-le dans votre esprit ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie. Telle est la vraie valeur de notre religion, de nos coutumes, du pulaaku. Munyal, car c’est dans les douleurs qu’on vous le conseille, alors vous ne devrez jamais l’oublier ! » fait mon père d’une voix grave.
La tête baissée, l’émotion me submerge. Mes tantes nous ont amenées, Hindou et moi, dans l’appartement de notre père. À l’extérieur, l’effervescence du double mariage bat son plein. Les voitures envoyées par les maris pour récupérer leurs futures épouses sont déjà garées et les belles familles impatientes. Les enfants, excités par cet air de fête, crient et dansent autour des véhicules. Nos amies et nos sœurs cadettes, inconscientes de l’angoisse que nous vivons, sont postées à côté, envieuses, rêvant du jour où elles aussi seront les reines d’une soirée aussi festive. Les griots chantent à tue-tête des louanges, en l’honneur de la famille et des nouveaux gendres, accompagnés de joueurs de luth et de tambourin.
Mon père, lui, est assis sur son canapé favori. Il sirote tranquillement un verre de thé parfumé au clou de girofle comme il en raffole. Hayatou et Oumarou, mes oncles, sont également présents de même que quelques amis proches. Ils doivent nous transmettre les derniers conseils, nous énumérer nos futurs devoirs d’épouses avant de nous dire adieu – non sans nous avoir accordé leurs bénédictions !
« Munyal, mes filles, car la patience est une vertu. Dieu aime les personnes patientes, répète mon père, imperturbable. J’ai aujourd’hui achevé mon devoir de père envers vous. Je vous ai élevées, instruites et confiées ce jour à des hommes responsables ! Vous êtes à présent de grandes filles, des femmes plutôt ! Vous êtes désormais mariées et devez respect et considération à vos époux. »
Je vérifie que mon manteau tombe bien autour de moi. C’est une somptueuse alkibbare. Je suis assise avec ma sœur Hindou aux pieds de notre père sur un tapis turc rouge vif, qui tranche avec nos robes sombres.
Nos tantes et quelques autres femmes de la famille sont toutes installées à nos côtés. Désignées par la famille comme nos grandes kamo, elles nous accompagneront et resteront une semaine entière avec nous. Comme à chaque mariage, Goggo Nenné, Goggo Diya et leurs acolytes ont toutes les peines du monde à cacher leur émotion. Seuls leurs reniflements troublent le silence. Les larmes creusent des sillons profonds sur leurs joues ridées. Sans fausse pudeur, elles les laissent s’échapper, mouiller voiles et pagnes et colorer les yeux d’un rouge triste. À travers nous, ne revivent-elles pas leurs propres mariages ?
Djaïli Amadou Amal, Munyal, les larmes de la patience, « Ramla », chapitre 1, 2017.
En vous abstenant de séparer artificiellement la forme et le fond, vous ferez de ce texte un commentaire composé. Et à partir de nombreux outils linguistiques (les expansions du nom, les indicateurs de lieu, les verbes, les figures de style, etc.) vous pourriez analyser la cérémonie de départ en mariage de Ramla et Hindou.

