Exercice commentaire composé Tle A4
Ramla devient de plus en plus triste et de plus en plus terne. Elle ne fait plus le moindre effort et, plus elle se laisse aller, plus elle agace son époux. Je sens le duel arriver à sa fin, et je savoure à l’avance ma victoire imminente.
Par mon frère, je fais acheter plusieurs puces de téléphone sans laisser d’identification. Car je compte abattre ma dernière carte. Le coup de grâce ! J’ai commencé depuis un certain temps à instiller dans la tête d’Alhadji l’idée que Ramla puisse avoir une liaison. Mes complices y font aussi allusion, et il a commencé à se méfier et à surveiller de près son épouse. Je décide de passer à l’action à la fin du defande1 de ma coépouse.
A minuit, je mets une nouvelle puce et téléphone à Ramla. Quand elle décroche, je ne dis rien. J’entends Alhadji lui demander de qui s’agit-il. Je réussis ainsi à gâcher son walaande et je me réjouis d’entendre Alhadji gronder et vociférer. Je prends ainsi l’habitude de l’appeler et de la harceler uniquement pendant ses defande. Alhadji est de plus en plus excédé. Et quand elle crie au complot, on la regarde tous ironiquement.
Un soir, Alhadji est à bout. Il accuse Ramla d’avoir un amant, mais elle nie en pleurant comme d’habitude. Alhadji a déjà passé une mauvaise journée au marché et n’a donc pas besoin de prétexte pour se défouler. En rage, il se met à la battre violemment, lui demandant d’avouer immédiatement. Elle crie, pleure, et jure qu’elle est innocente. Exaspéré, il sort par-dessous le canapé un long couteau et le lui met sur la gorge :
- Ecoute-moi bien, petite pute, tu vas avouer maintenant. Qui est cet homme qui t’appelle ? Vous vous moquez de moi, n’est-ce pas ? C’est le petit voyou qui voulait t’épouser, c’est ça ? Si tu ne me dis pas la vérité je vais t’égorger et crois-moi, ça ne me mènera même pas en prison. Dans ce pays, les riches ont toujours raison. Tu vas l’avouer, oui !
Clouée de terreur, la jeune femme bredouille :
- Je te jure que je ne te trompe pas. Je te le jure sur le Coran.
Il crie tellement fort que toute la maisonnée entend et retient son souffle. Je sens que cette fois je suis allée trop loin. S’il la tue, jamais je ne pourrai survivre à ma culpabilité. Je sors en trombe de mon appartement.
Djaïli Amadou Amal, Munyal, les larmes de la patience, « Safira », Chapitre 6, 2017.
1. Littéralement, tour de cuisine.
Sans dissocier le fond de la forme, faites de ce texte un commentaire composé. Vous pourrez, si vous le voulez, à partir des procédés d’écriture (marques d’énonciation, champs lexicaux, ponctuation, tons, figures de style, sonorités, etc.), montrer comment la rivalité entre les coépouses peut avoir des conséquences douloureuses.

