La tendance ethnophilosophique

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Justification : Cette leçon a pour but de mettre l’apprenant au contact de la première réaction de son peuple face aux thèses ethnocentristes occidentales, et surtout se rendre compte des limites de cette posture ethno-philosophique.

Introduction
Face aux thèses ethnocentristes occidentales qui renient au Nègre toute possibilité de pensée logique, les Noirs vont réagir par l’ethnophilosophie. Il s’agit de montrer au monde que nous sommes aussi capables philosopher, et que nous avons aussi philosophé dans l’histoire, mais pas de la même manière que les autres. Nous avons donc notre propre manière de philosopher qui est l’ethnophilosophie. Eboussi Boulaga disait d’ailleurs : « nous avons aussi une philosophie ».

I- L’orientation de l’ethnophilosophie
L’ethnophilosophie est une tendance de la philosophie qui consiste à considérer les contes, les légendes, les mythes et les proverbes comme une philosophie purement africaine.  Le mythe est un récit fabuleux, souvent d'origine populaire, qui met en scène des êtres (dieux, demi-dieux, héros, animaux, forces naturelles) symbolisant des énergies, des puissances, des aspects de la condition humaine.  Le conte est un récit de faits ou d'aventures imaginaires, généralement assez courts. La légende est la représentation traditionnelle de faits ou de personnages réels, déformée ou amplifiée. Tous ces éléments sont des éléments culturels. La philosophie africaine s’exprime donc dans sa culture.

II- La position de Placide Tempels
Etudiant au Congo Belge, le Père Placide Tempels, un Belge, recense les éléments culturels africains, les interprète et conclut qu’il y a toute une philosophie africaine contenue dans ces éléments culturels. Il conclut que toute la philosophie africaine est contenue dans sa culture. Il rédige l’ouvrage La philosophie bantoue qui a un impact considérable dans le milieu de la philosophie. Il tente de démontrer que l’être du bantou se définit à travers la notion dynamique de force vitale. Le bantou a donc une philosophie du vitalisme qui fait qu’il croit en sa capacité d’être multidimensionnel, de se diviser dans le cosmos à travers ses totems qui lui permettent d’accroitre sa fonction vitale. Tempels tente de montrer que le bantou a une philosophie particulière différente de celles des autres ethnies ou cultures. Il s’agit alors d’une ethnophilosophie.

III- La position de Basile Juliat Fouda
Pour Basile Juliat Fouda, philosopher c’est interroger le monde pour le comprendre et l’expliquer, l’organiser et le totaliser. Il considère que la religion, la poésie, l’art, les mythes, les légendes, les contes et les proverbes ont un lien commun, et c’est ce lien qui est la philosophie purement africaine. Dans chacun de ces éléments, intervient ce lien qui assure la cohésion de tous ces éléments, leur structure d’ensemble. Dans chaque proverbe africain se cache toute une philosophie de l’homme africain. C’est pourquoi Basile Juliat Fouda déclare que la philosophie nègre doit se transmettre de générations en générations pour conserver ce lien commun. Il écrit : « La philosophie nègre doit se transmettre à travers les âges comme un héritage à recevoir, à défendre et à incarner pour atteindre l’existence authentique. »
Basile Juliat Fouda accuse ceux qui s’opposent à une philosophie purement africaine de ne pas prendre en compte la personnalité et l’authenticité du negro africain. Pour lui toute philosophie est relative à l’espace, au mode de vie ou intimité de ceux qui la créent et la consomment. Chercher une philosophie universelle est donc pour lui une tentative d’importer une philosophie étrangère en Afrique. Il estime que  la philosophie européenne n’est valable qu’en Europe et que l’Afrique doit inventer sa propre philosophie. Pour lui, la philosophie africaine doit se défendre contre les autres philosophies ou les attaques des autres. 

IV- La position de Lenga Ntumba
Pour Lenga Ntumba, il ne faut pas faire le deux poids deux mesures. Si on considère l’oralité comme une philosophie en Europe, on doit également considérer l’oralité comme une philosophie en Afrique. Nous savons que Socrate n’a jamais écrit un livre, pourtant il est considéré comme le père de la philosophie occidentale. La philosophie antique occidentale est la plupart de temps des fragments de textes récoltés, qu’on considère comme de la philosophie. Pour Lenga Ntumba, la tradition orale doit aussi être considérée comme une philosophie en Afrique. Il écrit : « Si l’histoire de la philosophie appelle philosophie les fragments des présocratiques, les pensées d’un Marc-Aurèle ou les maximes de La Roche-Foucault, alors bien des textes des traditions africaines orales peuvent être appelés philosophie ».

V- La position de Alassane N’Daw
Pour Alassane N’Daw, pour marquer son indépendance vis-à-vis de l’Europe coloniale, l’Africain doit fonder sa propre philosophie différente de celle de l’Europe. Il écrit : « une première déclaration d’indépendance se fait jour par l’intention de fonder une philosophie de l’homme africain ». Parmi les ethno philosophes se trouve aussi Alexis Kagame. Karl Jaspers dans Introduction à la philosophie semble donner raison à la démarche ethno-philosophique quand il déclare : « l’homme ne peut se passer de la philosophie, aussi est-elle présente partout et toujours, répandue dans le public par les proverbes traditionnels, les formules de la sagesse courante, les opinions admises, comme également le langage des gens instruits, les conceptions politiques et dès les premiers âges de l’histoire, par les mythes ».

Conclusion
Les africains ont réagi aux thèses ethnocentristes occidentales en montrant qu’ils sont capables de philosopher, et que cette philosophie se manifeste à travers les contes, les légendes, les mythes et les proverbes, bref les éléments culturels. Chacun de ces éléments renferment toute une philosophie d’après les ethno philosophes. Mais cette manière de penser est vivement critiquée par les Africains eux-mêmes, inaugurant dans le débat une autre tendance appelée la tendance critique.