Exercice 22 (Commentaire de texte )
Vous ferez du texte ci-après un commentaire de texte philosophique, à partir de son étude ordonnée, en vous appuyant sur les tâches suivantes :
- Une introduction
- Un examen analytique
- Une réfutation
- Une réinterprétation du texte
- Une conclusion
Un des phénomènes les plus inquiétants en Afrique Noire s'observe dans le divorce entre la bourgeoisie bureaucratique au pouvoir et les masses paysannes et ouvrières. Entre celles-ci et celle-là, le fossé ne cesse de se creuser sur le plan économique comme sur le plan culturel. C'est peut-être au niveau de la communication la plus élémentaire, la plus essentielle, celui du langage, que ce divorce est le plus patent. Et ce n'est pas le lyrisme sur les « valeurs nègres » inspiré de la négritude senghorienne qui démentirait cette remarque, puisque ce lyrisme, la néo-bourgeoisie africaine 1'exprime dans une langue que les masses ne comprennent point. Le paria de l'Inde comprenait au moins la langue du maître. En Afrique et surtout en Afrique « francophone », la situation est à peine croyable : de nombreux politiciens se font un devoir de ne s'adresser aux populations qu'en français. Et c'est ainsi qu'on peut assister à des scènes d'une inconcevable absurdité : un politicien, ou un administrateur haranguant en français, avec le secours d'un interprète, un public parlant la même langue maternelle que l'orateur! Dans certains de nos pays il existe des lois soumettant à une autorisation préalable spéciale toute publication en langue africaine. Une fois de plus, nous battons sans doute là un triste record. Mais aussitôt que l'on éprouve le besoin d'une action révolutionnaire de masses, la nécessité vitale de recourir aux langues africaines apparaît comme 1'un des problèmes cruciaux de notre destin.
Marcien Towa, Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle, Yaoundé, Clé, édition de 2012, P 56
