La Havane assiégée : Cuba face à l’éternel retour de l’impérialisme américain
Devant l’ambassade des États-Unis à La Havane, des milliers de Cubains ont brandi vendredi des drapeaux rouges, noirs et bleus sous un soleil déjà brûlant. Les slogans fusaient au rythme des tambours : « Viva Raul ! », « Patria o Muerte ! ». Ce n’était pas seulement une manifestation de soutien à Raul Castro. C’était aussi une démonstration de résistance face à ce que beaucoup, sur l’île, considèrent comme une nouvelle offensive américaine contre la souveraineté cubaine.
Dans cette lecture politique défendue par les autorités cubaines et une partie de la gauche internationale, Donald Trump aurait ouvert un front global contre les gouvernements refusant l’alignement sur Washington. Après les tensions avec Nicolás Maduro et l’escalade militaire autour de Iran, Cuba serait devenue l’autre cible symbolique de cette stratégie de pression maximale.
Depuis des années, l’île subit un embargo économique qui affecte durement la vie quotidienne. À Cuba, beaucoup accusent les sanctions américaines d’avoir aggravé les pénuries de médicaments, de matériel médical et de produits de première nécessité. Le calcul de Washington, selon cette interprétation, aurait toujours été le même : pousser la population à bout pour provoquer un soulèvement interne et installer un pouvoir plus favorable aux intérêts américains.
Mais l’histoire cubaine a souvent suivi une autre logique.
Malgré les privations, malgré les coupures, malgré l’exode d’une partie de la jeunesse, une fraction importante du peuple cubain continue d’associer la Révolution à la dignité nationale et au refus de la domination étrangère. À La Havane, les images du rassemblement de vendredi traduisaient cette volonté de tenir, coûte que coûte.
L’inculpation visant Raul Castro pour des événements remontant à 1996, lorsqu’il occupait le poste de ministre de la Défense, est perçue par les autorités cubaines comme bien plus qu’une procédure judiciaire. Pour beaucoup de militants de gauche à travers le monde, cette démarche représente une tentative de frapper une figure historique de la révolution cubaine, un homme qui, avec son frère Fidel Castro, incarne des décennies de défi face à la puissance américaine.
À Cuba, certains voient même dans cette offensive judiciaire une vieille revanche géopolitique, héritée de la Crise des missiles de Cuba. Comme si l’humiliation stratégique subie par Washington durant la guerre froide continuait de hanter une partie de l’establishment américain.
L’histoire des relations entre Cuba et les États-Unis semble en effet gouvernée par une mémoire longue, presque obsessionnelle. Dans l’imaginaire révolutionnaire cubain, l’impérialisme ne pardonne jamais à ceux qui lui résistent. Il attend, sanctionne, isole, revient encore et encore. Résister, dès lors, ne devient plus un épisode ponctuel, mais un état permanent. C’est pourquoi la foule réunie devant l’ambassade américaine ne manifestait pas seulement pour un homme âgé de plusieurs décennies de pouvoir. Elle défendait une idée : celle qu’un petit pays peut encore refuser de plier.
Mais cette résistance seule ne suffira peut-être pas éternellement.
Si Cuba veut survivre aux nouvelles formes de confrontation mondiale, l’île devra aussi tirer des leçons stratégiques des autres États ayant résisté aux pressions occidentales. À Iran, malgré les sanctions et les menaces, la capacité militaire et technologique du pays constitue un puissant facteur de dissuasion. Beaucoup, dans certains courants anti-impérialistes, estiment que Cuba devra moderniser ses infrastructures de défense, ses capacités technologiques et sa souveraineté industrielle pour éviter de rester vulnérable aux pressions extérieures.
Car dans le monde contemporain, les sanctions économiques, les batailles judiciaires internationales et les guerres de l’information sont devenues des armes aussi puissantes que les chars. Et à La Havane, vendredi, le message de la rue semblait clair : Cuba entend encore résister.





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