Calme précaire à l’Université Cheikh Anta Diop après des journées de violences
Après plusieurs jours de tensions et d’affrontements meurtriers, un calme relatif régnait ce lundi sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. Les portes de la principale université publique du Sénégal sont restées closes, les dortoirs vidés de leurs occupants et une présence sécuritaire visible continue de marquer les lieux. Ce retour au calme intervient au lendemain d’émeutes déclenchées par un mouvement de grève étudiant, lui-même motivé par des retards persistants dans le paiement des bourses universitaires.
Un mouvement de grève lié aux arriérés de bourses
À l’origine de la contestation : le non-versement de plusieurs mois de bourses étudiantes. Depuis octobre, les universités sénégalaises sont régulièrement secouées par des grèves cycliques. Les étudiants réclament le paiement des rappels de bourses, dont les montants mensuels varient entre 20 000 et 60 000 FCFA. Dans un contexte économique jugé difficile, ces allocations constituent pour beaucoup la principale source de subsistance. Les manifestants accusent les autorités de vouloir supprimer définitivement le paiement des arriérés, une perspective qui a ravivé la colère sur le campus social de l’UCAD. Les protestations ont dégénéré lorsque les forces de sécurité sont intervenues à l’intérieur même de l’université. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des affrontements violents : jets de pierres du côté des étudiants, tirs de gaz lacrymogènes et charges policières dans les pavillons universitaires.
La mort d’un étudiant, élément déclencheur des émeutes
La situation a pris une tournure dramatique avec le décès d’un étudiant en deuxième année de licence de médecine, Abdoulaye Ba, à la suite des affrontements. Les circonstances exactes de sa mort ne sont pas encore élucidées. Des organisations étudiantes affirment qu’il aurait été victime de sévices lors d’une intervention policière dans les dortoirs. Le gouvernement, de son côté, reconnaît la présence des forces de sécurité sur le campus au moment des faits et qualifie les événements de « graves ». Cette disparition a profondément choqué la communauté universitaire et amplifié les tensions. Les violences ont culminé après l’annonce du décès, provoquant un embrasement rapide du campus.
Des positions contrastées entre gouvernement et organisateurs
Face à la crise, le gouvernement sénégalais a appelé « à la retenue, au sens des responsabilités et à l’apaisement ». Il s’est engagé à faire toute la lumière sur les circonstances du drame et à établir les responsabilités conformément aux lois en vigueur. Un point de presse à la Primature, en présence de plusieurs ministres, a été annoncé pour garantir la transparence. Le Premier ministre Ousmane Sonko, arrivé au pouvoir en 2024 porté notamment par une forte mobilisation de la jeunesse, a justifié l’intervention des forces de l’ordre en évoquant des tentatives de destruction d’infrastructures universitaires. Il a également accusé certains leaders de la contestation d’être instrumentalisés ou financés par des acteurs politiques. Ces déclarations ont suscité l’indignation des collectifs étudiants, qui rejettent toute manipulation politique et tiennent les autorités pour responsables de la situation ayant conduit à la mort de leur camarade. Ils dénoncent une intervention policière disproportionnée et exigent une enquête indépendante.
Un campus déserté par ses étudiants
Ce lundi, malgré l’absence d’affrontements, le campus présente un visage inhabituel. De nombreux étudiants ont quitté les lieux pour regagner leurs familles, parfois dans des régions éloignées du pays. Les cités universitaires ont été fermées jusqu’à nouvel ordre, et seules quelques personnes se sont rendues sur place pour récupérer des effets personnels. Ce départ massif accentue l’incertitude sur la reprise des cours et le respect du calendrier académique, déjà perturbé depuis plusieurs mois par les mouvements sociaux répétés. Si le calme semble revenu en apparence, la crise révèle une fracture persistante entre les autorités et une partie de la jeunesse universitaire. L’évolution de l’enquête sur la mort de l’étudiant et les réponses concrètes apportées à la question des bourses seront déterminantes pour apaiser durablement les tensions à l’UCAD.





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