Afrique : quand les élections deviennent un investissement rentable plutôt qu'un engagement envers le peuple

Blog Single
À chaque cycle électoral, le même spectacle se répète dans de nombreux pays africains. Des candidats distribuent des sacs de riz, des boîtes de sardines, des morceaux de savon, des billets de banque ou financent des fêtes populaires. Beaucoup présentent ces gestes comme des actes de générosité. En réalité, ils relèvent souvent d'une logique d'investissement politique. 

La politique cesse alors d'être un instrument de transformation sociale pour devenir un marché où le pouvoir s'achète dans l'espoir de générer des profits. Pour certains candidats, l'élection n'est pas une mission de service public. C'est une affaire. Ils investissent des sommes importantes dans leur campagne avec la conviction qu'une fois élus, ils récupéreront leur capital, auquel s'ajouteront d'importants bénéfices. Cette logique est particulièrement visible dans certaines collectivités locales. Une mairie peut gérer chaque année des budgets de plusieurs milliards de francs CFA. Lorsqu'un contrôle citoyen est faible et que les institutions chargées de lutter contre la corruption manquent d'indépendance ou de moyens, les fonds publics deviennent une source d'enrichissement personnel. Le mandat électif se transforme alors en placement financier. Dans ces conditions, la priorité n'est plus la construction d'écoles, de centres de santé, de routes ou d'unités de production. L'objectif devient de rentabiliser l'investissement électoral. Le peuple attend des politiques publiques. L'homme d'affaires élu recherche un retour sur investissement.
Cette contradiction explique en partie pourquoi de nombreuses promesses électorales disparaissent aussitôt les résultats proclamés. 

Le problème ne réside cependant pas uniquement chez les candidats. Il concerne aussi le niveau de conscience politique de la société. Une population insuffisamment formée devient plus vulnérable aux stratégies d'achat des consciences. Lorsque la misère est profonde, quelques kilogrammes de riz, une boîte de sardines, un morceau de savon ou quelques billets suffisent parfois à orienter un vote. Pour celui qui distribue ces biens, il ne s'agit pas d'un don. Il s'agit d'un investissement calculé. Pour celui qui les reçoit sans mesurer les conséquences, le coût est bien plus élevé qu'il n'y paraît. En échange d'une aide qui ne dure que quelques jours, il risque de céder plusieurs années de développement, de services publics défaillants et de mauvaise gouvernance. Autrement dit, il échange son avenir contre une satisfaction immédiate. 

Cette situation nourrit un cercle vicieux. Les électeurs vendent leur vote. Les élus récupèrent leur investissement grâce aux ressources publiques. Les infrastructures restent insuffisantes. La pauvreté persiste. Puis, lors des élections suivantes, cette même pauvreté facilite une nouvelle distribution de biens contre des voix. Le système se reproduit presque à l'identique. La démocratie ne peut produire des résultats durables sans un peuple politiquement conscient. La meilleure arme contre la corruption électorale n'est pas seulement la répression judiciaire ; c'est aussi l'éducation civique, la formation politique et le développement d'une culture de reddition des comptes.

Une population organisée demande des bilans, contrôle les dépenses publiques, suit l'exécution des budgets et sanctionne les élus qui ne respectent pas leurs engagements. À l'inverse, une population réduite à la mendicité électorale devient un instrument au service de ceux qui considèrent la politique comme un commerce. L'Afrique ne manque ni de ressources naturelles ni de femmes et d'hommes compétents. Ce qui lui fait souvent défaut, c'est la capacité collective à placer l'intérêt général au-dessus des intérêts privés.

Le développement ne sera pas porté par ceux qui voient les élections comme une opération commerciale. Il dépendra de citoyens capables de choisir des dirigeants sur la base de leur vision, de leur compétence, de leur intégrité et de leur projet de société, plutôt que sur quelques cadeaux distribués pendant la campagne. La véritable victoire d'un peuple ne consiste pas à recevoir quelques kilogrammes de riz avant le scrutin. Elle consiste à construire un État où chacun peut gagner dignement sa vie sans dépendre de la générosité intéressée des candidats.


Cet article vous a été utile ? Soutenez notre mission !

La Ligue Associative Africaine (LAA) met gratuitement à votre disposition des ressources éducatives et intellectuelles : cours, exercices corrigés, préparations aux examens, analyses, formations en ligne et contenus de réflexion sur l’Afrique.

Votre soutien nous permet de poursuivre cette mission, d’améliorer nos contenus et d’accompagner davantage d’élèves, d’étudiants et de citoyens africains dans leur formation.

👉🏿 Vous souhaitez soutenir notre action et contribuer à la production de nouveaux contenus ?
Faites un don, quel qu’en soit le montant :

👉🏿 Découvrez nos formations, cours en ligne et autres offres éducatives :

👉🏿 Approfondissez vos connaissances grâce à nos ouvrages disponibles sur Amazon :

Merci pour votre soutien et votre engagement aux côtés de la Ligue Associative Africaine pour une Afrique instruite, consciente et autonome.

Commentaires (0)

Laisser un commentaire
Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à commenter !