Remaniement ministériel : une diversion de plus dans la longue agonie du régime Biya
Le régime de Paul Biya est entré depuis longtemps dans sa phase terminale : celle où le pouvoir, coupé du peuple, ne gouverne plus que par la ruse, la diversion et la force brute. Élu lors d’un scrutin massivement contesté, dans un pays où des milliers de prisonniers politiques croupissent dans les geôles pour avoir osé penser autrement, Paul Biya est aujourd’hui un président profondément impopulaire, rejeté par une majorité silencieuse mais lucide du peuple camerounais. Face à cette impopularité chronique, le chef de l’État n’a trouvé qu’une seule stratégie : distraire les masses. Comme tous les régimes à bout de souffle, il a recours au pain et aux jeux. Ici, le jeu s’appelle football, et le pain est remplacé par des milliards distribués sans contrôle, pendant que le peuple manque d’électricité, d’eau potable, de soins et d’emplois.
La CAN comme opium du peuple
Paul Biya sait une chose : une victoire des Lions indomptables à la CAN peut momentanément anesthésier la colère populaire. Il mise donc tout sur cette compétition pour redorer un blason terni par la répression, les arrestations arbitraires et l’échec total de sa gouvernance. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et sont indécents. Alors que le vainqueur de la CAN empoche environ 6 milliards de FCFA, l’équipe nationale du Cameroun a bénéficié de 5 milliards de FCFA uniquement pour ses dépenses, soit presque la récompense finale. À cela s’ajoutent de nouvelles primes au fur et à mesure de la qualification. Pendant ce temps, des enseignants revendiquent des conditions de travail décentes, des hôpitaux manquent de tout, et des régions entières vivent dans l’abandon. Ce déploiement d’énergie, d’argent et de propagande autour de la CAN n’est pas innocent. Le football devient l’écran de fumée derrière lequel le pouvoir prépare de nouvelles mesures antisociales, profitant de la liesse populaire pour frapper sans résistance. L’histoire nous a appris que les régimes autoritaires agissent toujours lorsque le peuple regarde ailleurs.
Un remaniement annoncé pour exister politiquement
Toujours aussi impopulaire, Paul Biya a annoncé, lors de son discours de nouvel an, un remaniement ministériel. Ce simple fait mérite d’être souligné : il annonce rarement un remaniement à l’avance. Pourquoi cette fois-ci ?Parce qu’il est conscient que plus rien de ce qui vient de lui n’intéresse les Camerounais. Son discours ne mobilise plus, ne rassure plus, ne convainc plus. En annonçant un remaniement, il a cherché à forcer l’attention d’un peuple qui l’a déjà politiquement abandonné. Quand l' annonce de son discours a été au même moment que le match des lions indomptables, il a été obligé de rapprocher son discours parce qu'il savait que toutes les préférences des camerounais seront sur le football. Il a voulu pousser les Camerounais à l’écouter, à le tolérer. Mais cette manœuvre est vaine.
Un remaniement sans changement, un recyclage des échecs
Ce remaniement annoncé n’apportera strictement rien. Le régime Biya fonctionne depuis des décennies avec les mêmes personnes, les mêmes réseaux, les mêmes incompétents. On ne change pas une politique en déplaçant des ministres d’un fauteuil à un autre. On ne réforme pas un système pourri en recyclant ses propres déchets. Les figures nouvelles sont rarissimes lors des remaniements. Lorsqu’elles apparaissent, c’est souvent pour intégrer quelques partis satellites ou récompenser ceux qui ont aidé le régime à réprimer le peuple ou à se maintenir au pouvoir. En dehors de cela, ce sont les mêmes vieillards politiques, usés, déconnectés et discrédités, qui continueront à gérer, ou plutôt à mal gérer le destin de plus de 25 millions de Camerounais. Le peuple le sait. Il n’attend plus rien de ces mises en scène institutionnelles. Le problème du Cameroun n’est pas un ministre, ni même un gouvernement : c’est un système. Et ce système, bâti sur la confiscation du pouvoir, la peur et la diversion, est arrivé à bout de souffle. Le peuple n’est pas dupe.
La CAN passera, les chants s’éteindront, les stades se videront, et la réalité sociale cruellement reprendra ses droits. Aucun but marqué ne libérera les prisonniers politiques. Aucune prime ne remplacera une politique économique injuste. Aucun remaniement cosmétique ne redonnera une légitimité perdue. Mais on ne trompe pas indéfiniment les masses. Le pouvoir peut retarder l’échéance, mais il ne peut l’empêcher. Le Cameroun n’a pas besoin d’un nouveau remaniement : il a besoin d’un changement radical de cap, d’un véritable pouvoir populaire, et d’une rupture avec un régime qui a fait son temps. Le reste n’est que diversion.

