Afrique : réveil ou disparition

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Tchundjang Pouemi précisait : « La zone Franc ressemble à un village où tous les hommes, par naïveté, ont confié la gestion de leurs femmes à un des leurs. » Cette métaphore brutale n’est ni une provocation gratuite ni une exagération. Elle est le diagnostic clinique d’un drame africain : la dépossession volontaire, prolongée et parfois défendue par ceux-là mêmes qui en sont victimes. L’Afrique ne manque ni d’intelligence, ni de ressources, ni d’histoire. Elle manque d’une chose essentielle : la conscience organisée de ce qu’elle est.

L' aliénation comme stratégie impérialiste

L’impérialisme ne commence jamais par les armes. Il commence par l’esprit. Cheikh Anta Diop l’a démontré avec rigueur : avant de tuer physiquement un peuple, on le tue culturellement. On nie son passé, on falsifie son histoire, on détruit la continuité de sa mémoire. Ce meurtre mental prépare toutes les dominations. Il écrit : « L’impérialisme tue d’abord spirituellement et culturellement l’être, avant de chercher à l’éliminer physiquement. » C’est ainsi qu’a été construit, en Europe, un imaginaire négatif du Noir, destiné à justifier l’esclavage, la colonisation, puis la néocolonisation. Ce n’est pas un accident de l’histoire : c’est une entreprise rationnelle de domination.

L' Afrique au commencement de l' humanité

Contrairement au mensonge enseigné pendant des siècles, l’Afrique n’est pas un appendice tardif de l’histoire humaine. Elle en est le point de départ. Les sciences modernes confirment ce que Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga ont établi : l’humanité est née en Afrique ; les premières civilisations, sciences, philosophies, religions organisées y ont vu le jour ; l’Égypte pharaonique est une civilisation négro-africaine, matrice de l’humanité savante : « Les ancêtres des Noirs ont créé les arts, les sciences, la philosophie, la religion, à une époque où le reste du monde était plongé dans la barbarie », écrit Cheikh Anta Diop. Ignorer cela n’est pas neutre : c’est accepter l’infériorisation, c’est désarmer psychologiquement les peuples africains.

Amnésie africaine et domination moderne

La traite négrière et la colonisation ont produit un effet durable : l’amnésie historique collective. Théophile Obenga écrit : « Les accidents de l’histoire ont rendu le peuple africain amnésique. » Un peuple sans mémoire est un peuple manipulable. Un peuple qui doute de sa valeur accepte : des monnaies qu’il ne contrôle pas, des frontières artificielles, des modèles éducatifs étrangers, des critères de réussite définis ailleurs. La zone Franc, l’école coloniale prolongée, l’économie extravertie, sont les fruits directs de cette amnésie organisée.

L' occident : une crise civilisationelle

Aimé Césaire l’a dit sans détour : la civilisation occidentale est incapable de résoudre ses propres contradictions. « Une civilisation incapable de résoudre les problèmes qu’elle a créés est une civilisation décadente. » Crise sociale, crise morale, crise écologique, crise politique : l’Occident n’est plus un modèle universel, mais un système en fin de cycle. Pourtant, il continue de vouloir imposer ses normes, ses récits, ses valeurs, à une Afrique qu’il refuse de voir se relever.

Panafricanisme : une nécessité historique

Face à cela, il n’y a pas d’alternative sérieuse en dehors du panafricanisme conscient et organisé. Marcus Garvey l’avait compris : « Notre union ne doit connaître aucune frontière. » Molefi Kete Asante l’a prolongé : l’Afrique ne peut se reconstruire sans ses enfants dispersés. L’Africain de Dakar, de Port-au-Prince, de Salvador de Bahia, de Kingston ou de Chicago appartient au même projet historique.

Savoir, stratégie, autonomie

Malcolm X nous a avertis : on ne gagne jamais un combat dont l’ennemi fixe les règles. « Nous n’avons besoin de personne pour fixer les règles des combats que nous allons livrer. » Cela implique : une autonomie intellectuelle (produire notre propre science), une révolution éducative (repenser les programmes), une réappropriation culturelle (langues, philosophies, spiritualités), une stratégie politique africaine, pensée par et pour les Africains.

Réveil ou disparition

L’Afrique n’a pas besoin de pitié. Elle a besoin de conscience, d’organisation et de courage. Comme l' a affirmé Achille Mbembe : « L’Afrique se sauvera par ses propres forces, ou elle périra. » Le réveil africain ne sera ni donné, ni offert, ni négocié.
Il sera arraché, par le savoir, par la mémoire, par l’unité et par la volonté. La Ligue Associative Africaine s’inscrit dans ce combat : restaurer la conscience, briser l’aliénation, préparer la renaissance africaine. Car un peuple qui se connaît ne peut plus être dominé.

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