Franklin Nyamsi à l’École de guerre du Mali : un signal stratégique pour l’AES

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L’annonce du recrutement de Franklin Nyamsi à l’École de guerre du Mali dépasse la simple nomination académique. Elle s’inscrit dans un moment historique où l’Alliance des États du Sahel (AES) tente de redéfinir les rapports de force face à l’impérialisme contemporain. Dans une lutte de longue haleine, aucun front ne doit être négligé : ni le militaire, ni l’idéologique, ni l’économique. Dans tout combat stratégique, il faut mobiliser toutes les ressources disponibles. L’Afrique et sa diaspora regorgent d’intellectuels, de stratèges, d’activistes et de penseurs engagés. Les recruter, les intégrer, les former et les positionner dans les centres de décision est un geste salutaire. Car une guerre moderne ne se gagne pas uniquement avec des armes ; elle se gagne avec des idées, des doctrines et une vision historique.

L’AES face à l’impérialisme : une résistance rare mais fragile

Les États de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger) figurent aujourd’hui parmi les rares États africains qui résistent ouvertement aux tutelles extérieures. Leur sortie de la CEDEAO, l’expulsion des armées étrangères, la volonté de reprendre le contrôle de leurs ressources naturelles constituent des gestes forts. Ces décisions ont des conséquences géopolitiques majeures. Quand des pays producteurs cherchent à contrôler leurs richesses, cela perturbe les équilibres économiques mondiaux. L’histoire le montre. 

Mouammar Kadhafi et l’arme pétrolière

Dans les années 1970, à travers l’OPEP, Kadhafi participa à la hausse stratégique des prix du pétrole. L’onde de choc provoqua une crise économique mondiale sévère en Occident. Les puissances industrielles furent frappées au cœur. La leçon fut retenue. Par la suite, l’Occident s’organisa pour ne plus subir un tel choc. Les pays exportateurs furent progressivement neutralisés, divisés ou contrôlés. Kadhafi, qui avait tenu tête pendant des décennies, fut finalement évincé après une intervention militaire internationale. L’histoire enseigne que l’impérialisme est patient, méthodique, et cruel. Il ne pardonne pas. Avant l’AES : des figures pionnières, des leaders charismatiques ont affronté ce système avant l’AES : Sylvanus Olympio, Kwame Nkrumah, Modibo Keïta, Ruben Um Nyobè, Samora Machel. Certains ont remporté des victoires spectaculaires. D’autres ont ouvert la voie aux indépendances. Mais, faute d’un enracinement populaire durable, d’une stratégie continentale structurée et d’une préparation sur le long terme, leurs pays ont souvent fini par retomber dans des formes de dépendance. La cause première n’est pas seulement la puissance de l’ennemi. C’est aussi le manque d’appui constant des peuples à leurs avant-gardes, l’illusion qu’un système mondial peut être abattu par des slogans, l’absence d’organisation sur plusieurs décennies.
Un combat structurel ne se gagne ni par l’émotion ni par la simple rhétorique. Il exige une discipline stratégique.

La vision continentale de Nkrumah

Kwame Nkrumah avait compris une chose essentielle : un pays isolé ne peut vaincre durablement l’impérialisme. Il soutint activement les mouvements de libération africains, en coordination avec Nasser et la dynamique tricontinentale. Cette solidarité permit l’émergence de nombreuses luttes anticoloniales en Afrique. Aujourd’hui, l’AES pose des actes forts. Mais une question demeure : Soutient-elle activement les mouvements panafricanistes du continent et de la diaspora ? Un combat ne se limite pas aux frontières nationales. Si demain ces États vacillaient, quel réseau continental prendrait le relais ?

Franklin Nyamsi : symbole ou stratégie ?

Le recrutement de Franklin Nyamsi peut être interprété comme un premier pas vers l’intégration de la ressource intellectuelle panafricaine. Mais un combat sérieux ne tolère ni opportunisme ni simple communication.
Il faut aller plus loin et intégrer les stratèges du continent dans les centres de formation militaire, structurer un front idéologique cohérent, soutenir les militants qui travaillent parfois sans contrepartie à défendre cette vision, construire des relais en Afrique et dans la diaspora. Les grandes puissances recrutent les meilleurs talents partout dans le monde, parfois même en les débauchant. Pourquoi l’Afrique hésiterait-elle à mobiliser ses propres ressources ?

L’erreur à ne pas répéter

L’histoire récente montre que lorsqu’un pouvoir nationaliste tombe sans avoir structuré un mouvement continental capable de continuer la lutte, tout s’effondre. Un leadership isolé est vulnérable. L’AES ne doit pas se laisser illusionner par ses prouesses actuelles. La durée de vie d’une résistance dépend de sa capacité à s’institutionnaliser, à s’élargir, à se discipliner. Des pays comme Cuba ont résisté sur la durée grâce à une organisation idéologique solide. La Chine a consolidé son autonomie par une stratégie économique méthodique et patiente. La Corée du Nord, malgré son isolement, a misé sur la souveraineté stratégique.

Le combat à venir : préparer l’« hiver noir »

L’ennemi prépare toujours sa riposte. Pressions économiques, sanctions, déstabilisations, campagnes médiatiques : l’histoire est constante. Il faut donc construire une stratégie économique autonome, former une élite militaire et intellectuelle continentale, soutenir les mouvements panafricanistes au-delà des frontières, créer une force idéologique indestructible. La Ligue Associative Africaine, comme d’autres structures militantes, peut apporter sa contribution si elle est sollicitée. Mais la sincérité de la lutte sera jugée aux actes, non aux symboles.
Le recrutement de Franklin Nyamsi à l’École de guerre du Mali peut être un signal stratégique. Mais il ne doit pas être un simple geste de communication. Un combat historique exige cohérence, profondeur et patience. Les leaders de l’AES ne sont pas les premiers à défier l’impérialisme. S’ils veulent réussir là où d’autres ont été neutralisés, ils doivent dépasser le cadre national, organiser la solidarité continentale et préparer la lutte sur plusieurs générations.
On ne gagne pas une guerre systémique avec des mots. On la gagne avec une stratégie totale. Toutes les grandes révolutions de l' histoire ont compris la nécessité de ne pas s' enfermer dans leurs frontières nationales. Toutes ont tenté de s'exporter dans d'autres pays pour former un front commun contre leurs ennemis.

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