Venezuela : quand le pétrole change de mains sous la loi du plus fort
Le capitalisme mondial n’est pas une affaire de morale. Il est une affaire de rapport de force. L’épisode vénézuélien en offre une démonstration brutale : qui décide aujourd’hui de l’exploitation du pétrole du Venezuela ? Officiellement, des « partenaires internationaux ». En réalité, ce sont les États-Unis. Washington vient d’autoriser cinq géants pétroliers (BP, Shell, Eni, Repsol et l’américain Chevron) à reprendre leurs opérations au Venezuela. Mais à quelles conditions ? Sous supervision américaine, selon le droit américain. Avec des paiements transitant par des circuits validés par le Trésor américain. Autrement dit, le pétrole est vénézuélien, mais la clé du robinet est à Washington.
Le pétrole comme instrument de domination
Le Venezuela détient les plus grandes réserves prouvées de la planète (plus de 300 milliards de barils). Depuis des années, l’entreprise publique PDVSA incarne la souveraineté énergétique nationale. Mais les sanctions de 2019 ont étranglé le pays. Puis est venu le raid militaire américain et la chute de Nicolás Maduro. Depuis, Donald Trump assume une ligne claire : relancer l’exploitation pétrolière vénézuélienne sous patronage américain, avec un partage des bénéfices favorable aux intérêts de Washington. Ce n’est pas une négociation entre égaux. C’est une réorganisation impériale.
Qui choisit ? Qui décide ?
La licence accordée aux compagnies étrangères précise que : les contrats sont régis par le droit américain, les litiges sont tranchés aux États-Unis, les paiements passent par des comptes validés par le Trésor américain. Cela signifie concrètement que ce sont les États-Unis qui : autorisent ou interdisent l’accès au marché, déterminent quelles entreprises peuvent opérer, encadrent juridiquement les transactions, fixent les limites géopolitiques (pas d’intérêts russes, iraniens, chinois, etc.). Le Venezuela n’est plus maître de ses alliances énergétiques. Il est intégré dans une architecture contrôlée de l’extérieur. Voilà le cœur du système impérial : la souveraineté économique est subordonnée à la puissance militaire et financière.
Le rapport de force comme loi du capitalisme mondial
Il y a une vérité fondamentale déclarée par Lénine : L’impérialisme est le stade suprême du capitalisme. Les grandes puissances ne se contentent pas d’échanger, elles organisent l’espace mondial en zones d’influence. Elles utilisent les sanctions économiques,
le contrôle du système bancaire, la supériorité militaire, la pression diplomatique, pour restructurer les économies périphériques selon leurs intérêts. Les multinationales européennes ne viennent pas au Venezuela par pure liberté commerciale. Elles viennent parce que Washington a levé l’embargo par étapes et leur a ouvert la porte. Sans l’aval américain, pas d’exploitation. Le centre décide, la périphérie s’adapte.
Une leçon pour le Sud global
L’affaire vénézuélienne montre une chose essentielle : dans le monde actuel, la légalité internationale s’efface devant la puissance réelle. Ce n’est pas le droit abstrait qui compte, mais la capacité d’imposer des sanctions, de contrôler la finance mondiale, d’intervenir militairement, de dicter les règles contractuelles. Le pétrole vénézuélien n’a pas changé de sol. Mais son contrôle stratégique, lui, a changé de mains.
Le cas du Venezuela n’est pas une exception.
C’est un révélateur. Il rappelle que dans l’ordre capitaliste mondial, les ressources naturelles des nations faibles peuvent être redéployées au profit des puissances dominantes dès lors que le rapport de force le permet. Tant que les peuples ne disposeront pas d’un pouvoir économique, militaire et financier capable d’équilibrer celui des grandes puissances, leurs richesses resteront vulnérables. Car dans le monde réel, ce ne sont pas les principes qui gouvernent. Ce sont les rapports de force.





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